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SOS Bushmen

Le style de vie des San d'Afrique australe en danger

Les San parcourent les savanes et les déserts d'Afrique australe depuis des milliers d'années, mais la façon de vivre traditionnelle de ces nomades chasseurs-cueilleurs est en voie d'extinction.

Exploités au XXe siècle par les colons allemands, les San ou bushmen (hommes de la brousse) sont menacés par le chômage, la pauvreté, le Sida et l'alcoolisme.

La détresse des San du Botswana a fait les grands titres lorsque le gouvernement les a expulsés de la réserve du Kalahari. Mais ceux de Namibie et d'Afrique du Sud n'ont guère mieux réussi à se préserver.

Le tourisme offre une lueur d'espoir depuis que les agents de voyage ont découvert cette contrée reculée de Namibie, où Gcao Nari, de la tribu des Juhoansi, pratique encore l'art de tisser des perles faite de coquilles d'oeufs d'autruche.

Signe des temps, les perles sont importées d'Afrique du Sud car il n'y a plus une seule autruche dans la région d'Otjozondjupa (nord-est). Dans la langue à clicks (sons produits avec les lèvres ou la langue contre les dents, ou contre le palais) des Sans, la vieille dame se réjouit cependant des tentatives d'y réintroduire du gibier: "Mes petits-enfants vont pouvoir apprendre à chasser à nouveau."

La Namibie compte environ 30.000 Sans, essentiellement des tribus Haikom et Juhoansi. Leur population a chuté lorsque l'Allemagne a autorisé ses colons à s'approprier leurs terrains de chasse. Puis le territoire est passé sous le contrôle des Sud-Africains, à l'issue de la Première guerre mondiale et jusqu'à l'indépendance en 1990.

"Ils utilisaient mon mari et d'autres hommes du village comme pisteurs à la frontière avec l'Angola, pour lutter contre les combattants de la libération", raconte Gcao Nari. "L'armée creusait des puits pour nous et éduquait nos enfants. Leurs docteurs en uniforme nous soignaient et mon mari touchait un salaire".

D'autres Sans, des tribus Khwe et Vasekele d'Angola, servaient dans l'armée coloniale portugaise, puis ont passé la frontière après l'indépendance en 1975. Les Sud-Africains les enrôlent comme pisteurs ou soldats dans le "Bataillon Bushman", contre l'Armée de libération des peuples de Namibie (PLAN).

Craignant des représailles du nouveau gouvernement namibien en 1990, un millier d'entre eux et leurs familles acceptent l'offre de Pretoria de s'installer à Schmidtsdrift, dans la province sud-africaine du Northern Cape. Ils y vivront dix ans, dans des tentes militaires, sans aucune infrastructure.

En 1999, le président de l'époque, Nelson Mandela, leur remet les actes de propriété de terres voisines, à Platfontein, qu'ils ont achetées en groupant leurs allocations logement. Avec l'aide d'organisations non gouvernementales et des autorités, des maisons sont construites et trois ans plus tard, les San s'installent.

Aujourd'hui, les 5.000 bushmen des tribus !Xu et Khwe restant dans l'aride Northern Cape survivent de subsides sociaux. Il y a peu de travail à Platfontein, pas de transport public jusqu'à Kimberley, à 10 km de là. Les maisons, sommairement bâties, laissent passer la pluie et le vent.

"Je me sens en cage", déplore Monto Masako, 84 ans, nostalgique de son enfance. "Mon père m'a appris à chasser avec un arc et des flèches. Nous dormions dans la brousse. Libres. Mais tout ça a disparu."

Beaucoup cherchent le réconfort dans l'alcool. Le Sida, la tuberculose, la délinquance et les grossesses précoces augmentent, selon les services sociaux.

Comme en Namibie, il y a toutefois un espoir pour les jeunes. Des projets sont en cours, avec la création d'une compagnie de sécurité créant 300 emplois et d'un centre culturel et touristique.

"Nous essayons de nous créer une nouvelle vie", explique le chef Mario Mahongo.


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