Après des années d'exil, des milliers de Bushmen vont pouvoir rentrer chez eux
JUSTICE. Un tribunal du Botswana a reconnu le droit pour un peuple autochtone à vivre sur la terre de ses ancêtres.
Back Home. Les milliers de Bushmen qui ont été expulsés ces dernières années de leurs terres ancestrales par le gouvernement du Botswana vont pouvoir rentrer chez eux. Au terme d'un procès de plus de deux ans, la justice locale a donné raison à ces anciens chasseurs cueilleurs, aujourd'hui relégués dans de sinistres camps de «relocalisation», contre l'alliance du président Festus Mogae et de puissantes compagnies minières. L'émotion était grande sur place, où le jugement a été retransmis en direct à la télévision et à la radio nationales, et, au-delà, dans les milieux de défense des peuples autochtones. Une défaite aurait été catastrophique. Cette victoire, à l'inverse, autorise de grands espoirs sous d'autres horizons.
Considérés comme les plus anciens habitants de l'Afrique australe, les Bushmen ont vu leurs territoires peu à peu envahis par les éleveurs bantous puis par les colons blancs. Pour leur permettre de maintenir leur mode de vie, l'ex-puissance coloniale britannique leur a accordé en 1961 un vaste espace protégé de 52000 km², plus grand la Suisse, la Réserve naturelle du Kalahari central. A l'indépendance, les autorités du Botswana ont reconduit la formule. Mais pas pour longtemps. Dans la seconde moitié des années 1980, elles ont annoncé que l'endroit devait être libéré, puis ont mis en place une politique de déplacement de ses populations vers des camps de «relocalisation».
Plusieurs arguments étaient avancés. Le premier était que la faune sauvage représentait un patrimoine essentiel pour le pays et qu'elle devait être protégée des peuples chasseurs. Le deuxième que le ravitaillement des villages en eau coûtait trop cher. Le troisième que les Bushmen n'étaient plus ce qu'ils avaient été, soit de purs chasseurs cueilleurs, et qu'ils n'avaient plus droit par conséquent à un traitement particulier. Devenir des citoyens comme les autres, ajoutait-on, leur ferait même le plus grand bien.
Les Bushmen, qui s'étaient effectivement mis à l'agriculture ainsi qu'à diverses pratiques modernes, ont cependant montré peu de hâte à quitter leur territoire. Le gouvernement du Botswana a alors recouru à la force. En 1997, il a chassé manu militari un millier de membres des tribus Gana et Gwi, soit la moitié de la population restante. Puis, pour décourager les derniers irréductibles, il a coupé en 2002 le ravitaillement en eau des villages et multiplié les opérations de harcèlement, arrestation des hommes coupables du nouveau crime de chasse, mauvais traitements allant parfois jusqu'à la mort.
Devant la multiplication des exactions, l'organisation britannique de défense des peuples autochtones Survival a décidé de mettre une grande partie de ses moyens dans la bataille. A l'entendre, aucun des arguments des autorités ne tenait. Les Bushmen, un danger pour la faune? Les animaux sauvages s'étaient au contraire multipliés. Le ravitaillement des villages était trop cher? Il ne coûtait que deux dollars par semaine et par personne à un pays devenu le premier exportateur de diamants du monde. Le changement de leur mode de vie? C'était aux Bushmen de décider de ce qui était bon pour eux et à personne d'autre.
Survival s'est montré d'autant plus combatif qu'à ses yeux les raisons véritables de la persécution des Bushmen étaient tout autres. Elles étaient économiques et avaient beaucoup à voir avec la découverte d'importants gisements de diamants dans la réserve. D'ailleurs, tout en défendant prétendument la vie sauvage dans la réserve, le gouvernement de Gaborone y avait dans le même temps distribué généreusement les concessions minières.
Au bureau de l'organisation à Paris, Magali Rubino ne cache pas sa satisfaction. «Le verdict de ce mercredi est une grande avancée, et pas seulement pour les Bushmen, explique-t-elle. D'autres peuples indigènes d'Afrique, tels les Massaïs, les Pygmées ou les Ogieks, connaissent le même genre de situation apparemment sans issue. Ce qui s'est passé a de quoi leur donner espoir.»
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19 Décembre 2006 à 12:50 dans
- Actualité (Français)

