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SOS Bushmen

La justice du Botswana rend leur terre aux Bushmen

Les Bushmen du Botswana pourront retourner vivre sur leurs terres ancestrales, un territoire aride grand comme la Suisse, situé au coeur du pays. Un tribunal botswanais a estimé, mercredi 13 décembre, au terme de deux ans de procès, que leur éviction de la Réserve animale du centre du Kalahari (CKGR) était "illégale et anticonstitutionnelle".
Les Bushmen du Botswana pourront retourner vivre sur leurs terres ancestrales, un territoire aride grand comme la Suisse, situé au coeur du pays. Un tribunal botswanais a estimé, mercredi 13 décembre, au terme de deux ans de procès, que leur éviction de la Réserve animale du centre du Kalahari (CKGR) était "illégale et anticonstitutionnelle".

Premiers habitants de l'Afrique australe, les Bushmen, qui s'expriment par des claquements de langue, ont été pendant des siècles maltraités, chassés, exploités, tour à tour par les tribus bantoues et par les colons européens. L'un des juges a estimé que leur ethnie avait été "historiquement traitée avec mépris". Ces petits hommes, aux yeux légèrement bridés et à la peau cuivrée, sont aujourd'hui environ 100 000 dans la région, dont la moitié au Botswana.

Un peu plus de 2 000 étaient installés dans le CKGR quand le gouvernement a décidé leur déplacement en dehors de la réserve, au motif qu'ils ne vivaient plus selon leur mode de vie ancestral, élevaient du bétail et des animaux domestiques et mettaient en danger l'équilibre de la faune et de la flore. Contre une compensation financière ou sous forme de bétail, tous les Bushmen ont quitté la réserve. Dix-sept familles seulement ont refusé l'offre. Le gouvernement a interrompu la distribution d'eau comme les autres services municipaux, leur rendant la vie sur place impossible.

Pour le gouvernement, dominé par les Tswanas, l'ethnie majoritaire, les Bushmen devaient s'intégrer dans la société moderne. "Tous les Botswanais ont droit au développement, à l'école, à la santé. La pauvreté n'est pas un mode de vie, ce n'est pas une culture ancestrale", expliquait au Monde, pendant le procès, le porte-parole du gouvernement, Clifford Maribe.

Les familles déplacées ont été relogées dans des villages construits spécialement en bordure de la réserve. En 2002, un groupe de quelque 200 Bushmen, soutenus par l'ONG britannique Survival International, a lancé une procédure judiciaire pour gagner le droit de retourner dans le CKGR.

Survival n'a pas hésité à parler de "génocide" et s'en est pris violemment au diamantaire De Beers, partenaire du gouvernement dans Debswana, premier producteur mondial de gemmes. L'ONG affirme que la vraie raison de l'expulsion des Bushmen aurait été l'exploitation de mines dans le CKGR. Une affirmation que la justice a jugée infondée.

Survival a mobilisé quelques personnalités de la mode et essayé, récemment, d'obtenir le soutien de Leonardo di Caprio. Il est l'acteur principal du film Blood Diamond (Le Diamant de sang), qui dénonce le rôle des trafiquants dans les conflits africains.

RETOUR DIFFICILE

"Les diamants ne sont en aucun cas la cause de l'éviction des Bushmen. Nous n'exploitons aucune mine dans le CKGR. Les premières recherches ont montré que les filons n'étaient pas rentables", a indiqué au Monde, peu avant le jugement, Sheila Khama, directrice exécutive de De Beers au Botswana, avant d'ajouter : "Et même si nous avions eu un projet d'exploitation, il serait ridicule et inutile de demander l'éviction de gens qui habitaient à plus de 200 km de la mine."

Plusieurs permis de recherche ont cependant été délivrés dans le CKGR, sans toutefois que les autorités ne mettent en avant le fragile équilibre biologique de la réserve.

Après le jugement, l'avocat des Bushmen, Gordon Bennet, a lancé un "appel au dialogue" avec le gouvernement. "Nous ne voulons pas nous retrouver devant une cour d'appel mais à la table des négociations", a-t-il dit.

Tout n'est pas réglé. Il sera en effet très difficile, pour les quelque 1 000 Bushmen qui souhaitent rentrer, de vivre dans le CKGR. Le tribunal n'a pas jugé illégale la coupure des services de base et le gouvernement n'est pas contraint de les rétablir.


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