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SOS Bushmen

Les Bushmen du Kalahari en péril

Les lecteurs de Variety, la célèbre revue d'Hollywood, ont pu lire l'appel au secours lancé à Leonardo DiCaprio par les Bushmen du Kalahari avant la sortie de son film Blood Diamond : " Après la découverte de diamants sur notre sol, nous avons été expulsés. Les diamants sont une malédiction pour notre peuple."
Deux ethnies, les Gana et les Gwi, soutenues par Survival International - une sorte d'Amnesty des peuples primitifs -, se battent contre les autorités du Botswana, pays limitrophe de l'Afrique du Sud. La Central Kalahari Game Reserve, une immense réserve naturelle au sous-sol riche en diamants, est au coeur de la controverse. Sous la pression de la Debswana, société minière commune à 50 %-50 % entre la De Beers et le gouvernement de Gaborone, l'armée et la police ont déplacé de force, par vagues successives, les populations depuis 1990 et les ont parquées dans des camps. Les géologues et foreurs de la compagnie ont pu ainsi explorer de fond en comble la région de Gope, vide de ses habitants. " Blood Diamond ne peut qu'aider la cause des indigènes qui défendent leur passé et leur patrimoine", proclame le directeur général de Survival, Stephen Corry. A l'entendre, cette opération a eu des conséquences dramatiques sur les autochtones : dépouillés de leurs traditions, frappés par l'alcoolisme, la malnutrition et le sida, ils sont exploités de manière éhontée par les Tswana, l'ethnie dominante au pouvoir.

A la suite de la campagne menée par l'ONG, la Debswana a été contrainte d'arrêter l'exploration. La mobilisation internationale risquait en effet d'écorner l'image polie de la De Beers et du diamant, devenu synonyme de mort pour les Bushmen. Les tribus, qui n'ont toujours pas été autorisées à rentrer chez elles, ont saisi la Cour suprême du Botswana. L'arrêt final de cette juridiction, dont les membres sont nommés par le président Festus Mogae, proche de la Debswana, doit être rendu le 14 décembre. "La De Beers n'a jamais cherché à déplacer les communautés locales quelles qu'elles soient. Au contraire, nous accueillons ces populations auxquelles nous pouvons offrir des emplois", plaide le géant des diamants, en soulignant que les intéressés ont été indemnisés.

La De Beers souligne, de surcroît, que le gisement de Gope "n'est pas viable sur le plan économique". Le Botswana est le premier producteur mondial (en valeur) de diamants bruts, qui restent la principale source de revenus de ce petit pays.

A ses détracteurs, le gouvernement de Gaborone réplique qu'il s'agit d'arracher les indigènes à la misère. Reste que cette campagne visant à sensibiliser Hollywood au sort des Bushmen ne peut qu'embarrasser le pays hôte de la réunion du processus de Kimberley, dont l'objectif est d'empêcher la vente des diamants provenant de zones de conflit.

Marc Roche, le Monde du 4 novembre 2006


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