Botswana : la persécution des Bushmen s'intensifie.
Tandis que des gardes forestiers les empêchent de pratiquer leurs activités traditionnelles de chasse et de cueillette, les quelques Bushmen gana et gwi restés sur leur terre ancestrale de la Réserve naturelle du Kalahari central (CKGR) sont confrontés à la famine. Ils appellent la communauté internationale à se mobiliser pour les aider à survivre. Dans une lettre qu'ils ont fait parvenir au monde extérieur, ils écrivent : ‘Nous ne sommes pas autorisés à chasser ou à collecter notre propre nourriture, ce que nous faisons pour vivre. Ils nous empêchent de faire cela, alors comment allons-nous survivre?'
En octobre 2005, le gouvernement du Botswana expulsait violemment des dizaines de Bushmen Gwi et Gana de leurs communautés de la Réserve naturelle du Kalahari central (CKGR), certains d'entre eux pour la troisième fois consécutive. Les policiers confisquèrent leurs troupeaux de chèvres, les menacèrent de leurs armes, les chargèrent sur des camions puis les déportèrent dans des camps de relocalisation situés à l'extérieur de la réserve. Aujourd'hui, seuls 40 Bushmen vivent encore dans la réserve. Ceux qui en sont partis vivent loin de leurs communautés, de leurs biens et souvent séparés de leurs familles. Les autorités les empêchent de retourner chez eux et ils ne savent même pas si les membres de leur famille sont encore en vie. Tsebediteng Gaoberekwe (59 ans) vit à présent dans un camp de relocalisation. Elle a ainsi témoigné au cours du procès : ‘Je ne sais même pas si mon mari est encore en vie. Mon cœur est triste lorsque je pense à lui et à toute ma famille dont j'ai été séparée'.
Nombreux sont les Gana et les Gwi qui ont témoigné avoir dû abandonner leurs habitations dans la réserve et tout ce qu'elles contenaient, biens personnels, couvertures, ustensiles de cuisine..., pour vivre dans le dénuement à l'extérieur, dépendants de membres de leur famille pour assurer leur subsistance et leur hébergement.
Entre-temps, le harcèlement des Bushmen dans les camps de relocalisation s'est intensifié. Survival a été informé de nombreux cas de tortures, mauvais traitements et arrestations. En mars et avril 2006, pas moins de douze Bushmen du camp de Kaudwane ont été arrêtés pour avoir chassé ; la plupart ont été roués de coups et torturés.
D'autres, dont des femmes et des enfants, ont été arrêtés pour avoir tenté d'approvisionner en eau et nourriture leurs parents à l'intérieur de la réserve. Seseto Moeti (31 ans) a apporté le témoignage suivant : ‘Avec mes enfants, j'ai essayé de rendre visite à mon mari à l'intérieur de la réserve, on nous a lancé des gaz lacrymogènes et on nous a arrêtés. Mon mari a été expulsé de la réserve alors que je me trouvais encore en prison'.
Les Bushmen parqués dans les camps de relocalisation sont confrontés à une grave crise sanitaire. Le taux de mortalité dû aux maladies liées à l'alcoolisme ou au sida, auparavant inconnu dans la réserve, est alarmant. Tsiaxau Zaedoo (52 ans) a témoigné : ‘Notre état de santé est bien pire ici. Nous, les Bushmen, n'avons pas l'habitude de voir des gens mourir en aussi grand nombre. Beaucoup de Bushmen meurent ici. Nous ne comprenons pas ce qui nous tue. Et le gouvernement du Botswana appelle cela le développement...'
Le procès intenté contre le gouvernement botswanais par 243 Bushmen pour revendiquer le droit de vivre dans leur réserve a franchi une nouvelle étape : tous les témoignages ont été entendus. Grâce au soutien et à la générosité des membres de Survival, ce procès décisif devrait se conclure à la fin de cette année. Les témoins du gouvernement ont reconnu un certain nombre de points significatifs.
Ainsi, Akolang Tombale, secrétaire permanent au ministère des Minerais a-t-il admis que le nombre de concessions d'exploration diamantifère accordées sur le territoire des Bushmen s'était considérablement accru après les expulsions de 2002. Survival partage avec les Bushmen la conviction que la découverte de diamants dans leur sous-sol a été la raison principale de leur expulsion. Ce qui a été démenti par la compagnie De Beers en dépit du fait qu'elle possède une concession dans une communauté bushman à l'intérieur de la réserve.
Un autre témoin du gouvernement, Joseph Matlhare, ancien directeur du département de la Faune et de la Flore, a finalement reconnu qu'il n'existait aucune preuve tangible que les Bushmen utilisent des fusils et des véhicules pour chasser, ni qu'ils chassent trop d'animaux. Pourtant, le gouvernement et De Beers n'ont cessé de proclamer que les Bushmen chassaient avec des fusils très puissants depuis leurs véhicules tout-terrain (bien que les gardes forestiers aient démenti ce point). Lorsqu'il lui a été demandé s'il y avait une quelconque raison scientifique justifiant le fait que les Bushmen devaient être déplacés pour respecter la faune, J. Mathlare a répondu : ‘C'est la politique du gouvernement de déplacer les résidents, pourquoi devrais-je chercher une raison scientifique ?'
De même, le témoin du gouvernement Kathleen Alexander n'a pu apporter aucune preuve de son assertion selon laquelle les quelques chèvres des Bushmen transmettaient des maladies à la faune sauvage.
Jusqu'à la fin du procès, la pression internationale sur le gouvernement du Botswana est capitale. Les Bushmen Gana et Gwi sont agressés de toutes parts : leur santé, leur mode de vie et leur culture sont gravement menacés. Si aucun changement significatif n'intervient dans leur situation, ils ne survivront pas.
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01 Octobre 2006 à 21:51 dans
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