Le Canada demande pardon à ses autochtones
Lors d'une cérémonie au Parlement canadien mercredi 11 juin 2008, le premier ministre, Stephen Harper, a reconnu que l'envoi de force de dizaines de milliers d'enfants dans des pensionnats pour les couper de leurs familles et de leur culture, de la fin du XIXe siècle aux années 1970, a "causé de graves préjudices".
« Le traitement des enfants dans les pensionnats indiens représente un triste chapitre de notre histoire a déclaré le Premier ministre Harper. Aujourd’hui, nous savons que cette politique d’assimilation était mauvaise, qu’elle a causé énormément de torts et qu’elle n’a pas sa place dans notre pays. Le gouvernement du Canada s’excuse sincèrement et demande pardon aux peuples autochtones du pays pour avoir trahi leur confiance si profondément. »
Les excuses présentées aujourd’hui renforcent les nombreuses autres initiatives gouvernementales visant à remédier aux conséquences tragiques des pensionnats indiens, notamment la mise en œuvre continue de la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens, une convention historique, qui prévoit un paiement d’expérience commune, un processus d’évaluation indépendant, des activités de commémoration, des mesures favorisant la guérison et la création de la Commission de vérité et de réconciliation des pensionnats indiens.
« Le gouvernement admet que l’absence d’excuses a été un obstacle à la guérison et à la réconciliation, a indiqué le Premier ministre Harper. Les efforts déployés pendant de nombreuses années par les survivants, les collectivités et les organisations autochtones ont mené à la conclusion de la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens et à la création de la Commission de vérité et de réconciliation. Ces mesures représentent le fondement d’une nouvelle relation entre les Autochtones et les autres Canadiens, une relation axée sur la connaissance de notre histoire commune, le respect mutuel et le désir d’aller de l’avant sachant que des familles saines, des collectivités solides et des cultures et traditions vivantes renforceront le Canada. »
Après l'Australie, en février dernier, c'est au tour du Canada de s'excuser. Le Premier ministre Stephen Harper doit présenter ses excuses mercredi dans l'après-midi aux dizaines de milliers d'autochtones canadiens enrôlés de force pendant un siècle dans des pensionnats afin de les assimiler. Le Premier ministre canadien va ainsi s'adresser aux quelque 80.000 survivants des pensionnats indiens, dans une déclaration solennelle devant le Parlement, qui a même interrompu ses activités toute la journée pour souligner l'importance de l'événement. "J'espère que nous allons entamer le processus de guérison et de réconciliation", a-t-il souhaité. Le ministre des Affaires indiennes Chuck Strahl a déjà qualifié ce geste d'"historique".
"Ce sera un jour du souvenir pour tous ceux d'entre nous à qui on a appris à avoir honte de ce que nous sommes", a souligné lors d'une cérémonie mardi soir Mary Simon, présidente de l'organisation nationale inuite Inuit Tapiriit Kanatami. "On nous appelait 'sauvages' au moins une fois par jour. Cela a affecté mon estime de moi. J'avais honte d'être né autochtone", a confié le leader national autochtone Phil Fontaine, qui a lui-même passé dix ans dans ces écoles. "C'est un moment très important", a-t-il déclaré mercredi sur la chaîne publique CBC, en estimant que les excuses "lui permettr[aient] de tirer enfin un trait sur cet épisode tragique".
1,2 million d'autochtones en 2006
Les leaders autochtones espèrent de leur côté que la déclaration de Stephen Harper reconnaîtra les abus commis et condamnera aussi une politique qui visait à nier la culture des premiers occupants de l'Amérique du Nord, en "tuant l'Indien dans l'enfant". D'ailleurs, ils sont aussi nombreux à juger que des excuses ne sont qu'un premier pas et que ce geste symbolique doit être suivi de mesures pour réduire l'écart entre les conditions de vie des autochtones et celles du reste des Canadiens. Selon le dernier recensement, les autochtones (Indiens, Métis et Inuits) étaient 1,2 million en 2006, soit 3,8 % de la population canadienne, contre 2,8 % dix ans plus tôt. Ils demeurent la communauté la plus défavorisée du Canada avec des taux d'alcoolisme et de suicide supérieurs à la moyenne et une espérance de vie inférieure de 5 à 7 ans au reste de la population.
En 1998, Ottawa avait déjà reconnu les injustices et les sévices subis par les autochtones, mais cela avait été jugé insuffisant. Ces nouvelles excuses s'inscrivent dans le cadre d'un règlement collectif, qui date de 2006, incluant un processus d'indemnisation et la mise en place d'une Commission de vérité et de réconciliation, qui a commencé ses travaux au début du mois. En vertu de la Convention de règlement, approuvée par Ottawa en mai 2006, les anciens élèves doivent recevoir 10.000 dollars pour leur première année scolaire dans un pensionnat autochtone et 3.000 dollars de plus pour chaque année subséquente, rapporte Radio Canada.
De la fin du XIXe siècle aux années 1970, plus de 150.000 enfants indiens, métis et inuits, ont été coupés de leurs familles et de leur culture et placés dans des pensionnats. Certains ont subi dans ces établissements de mauvais traitements ou des abus sexuels. De nombreux autochtones ont sombré dans la misère et l'alcoolisme et le taux de suicide dans certaines communautés est élevé. "Le legs de ces écoles est encore très perceptible, notamment dans l'écart socio-économique entre nos communautés et la grande majorité canadienne", souligne le leader autochtone québécois Ghislain Picard. Certains, comme Ted Quewezance, directeur d'une association d'anciens pensionnaires, qualifient la politique visant à arracher ces enfants à leur héritage indigène de "génocide culturel".
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Le chef du gouvernement fédéral avait promis de dénoncer l'assimilation forcée à laquelle ont été soumis les peuples premiers du Canada.
Le premier ministre canadien, Stephen Harper, a présenté mercredi devant le Parlement les excuses officielles de son pays à quelque 80 000 autochtones ayant été soumis à une assimilation forcée dans les pensionnats dirigés par des institutions chrétiennes. Son homologue australien l'avait précédé, par un acte public de contrition, en février dernier.
Les peuples premiers d'Australie et du Canada ont en commun, parmi nombre de traitements inhumains que leur réservèrent les colons européens, d'avoir été soumis pendant le XIXe siècle jusqu'aux années 1970 à ce qui est parfois décrit comme un «génocide culturel» : les enfants des autochtones, selon un plan fédéral, étaient retirés à leur famille pour être placés dans des pensionnats religieux, où il leur était interdit de parler leur langue maternelle, et où nombre d'entre eux subirent de surcroît violences et abus sexuels. Sous le regard de l'ONU, qui a voté un texte défendant les droits des peuples premiers il y a moins d'un an, cette repentance est toutefois menée à pas comptés, l'Australie et le Canada ne souhaitant pas ouvrir le coûteux dossier des indemnisations et moins encore celui conduisant éventuellement vers l'indépendance de certains territoires.
Au Canada, les autochtones regroupent les Indiens, les Métis et les Inuits, répartis en quelque 640 communautés différentes. Selon le dernier recensement de 1986, ils sont environ 1,2 million, soit 3,8 % de la population globale canadienne (33 millions). Parmi eux, les Indiens sont de loin les plus nombreux (plus de 60 %), suivis par les Métis, issus de la rencontre entre les Européens et les Indiens à l'époque du commerce des fourrures à la fin du XVIIIe siècle environ 30 % , les Inuits n'étant guère plus que 4 %.
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16 Juin 2008 à 19:20 dans
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