Le vieux bushman Kleinbooi Katuwe, au visage buriné par le soleil, espère en avoir fini de son errance et "mourir en paix" sur l'exploitation agricole achetée par le gouvernement namibien pour sa tribu déracinée depuis un siècle.
"On appelle cette ferme notre maison", explique Kleinbooi Katuwe en contemplant la plaine alentour du Kalahari, parsemée d'herbe folle et d'acacias.
Pour l'instant, il vit sous une tente, avant d'aménager l'une des maisons de briques en construction. "C'est l'hiver et les nuits sont froides sous les tentes. Heureusement les maisons financées par le gouvernement seront bientôt terminées", se réjouit-il, assis sur une chaise en plastique fissurée.
"J'espère que je vais pouvoir mourir en paix sur cette ferme qu'on nous a allouée. Je suis fatigué d'être chassé."
Kleinbooi Katuwe est le plus âgé des quelque 300 bushmen ou San installés sur la ferme de Uitkomst, à 240 kilomètres au nord-est de la capitale Windhoek.
Le gouvernement namibien a acheté cette propriété dans le cadre de la réforme foncière lancée en 1995. Il compte ainsi redistribuer d'ici 2020 quelque 15 millions d'hectares, appartenant essentiellement à la minorité blanche, à 240.000 Noirs sans terre.
Uitkomst est la première des trois fermes achetées par le gouvernement pour les bushmen, une tribu de cueilleurs chasseurs marginalisée depuis de nombreuses années.
Au début du XXe siècle, les Allemands, qui contrôlent la Namibie alors appelée Sud-Ouest africain, autorisent les colons blancs à tuer des bushmen et à s'approprier leur terrain de chasse. Puis le territoire passe sous contrôle de l'Afrique du Sud jusqu'à l'indépendance de la Namibie en 1990. Les bushmen sont là encore déracinés, car utilisés comme soldats à la frontière avec l'Angola pour lutter contre les combattants de l'indépendance.
Les San, descendants des premiers habitants d'Afrique australe et qui vivent entre la Namibie, le Botswana et l'Afrique du Sud, ne sont plus que 30.000 actuellement en Namibie.
Aujourd'hui encore, leurs terres ancestrales sont illégalement occupées. Début mai, à quelque 300 kilomètres à l'est de Uitkomst, 32 bergers parlant herero ont fait entrer 2.000 têtes de bétail sur une réserve protégée et clôturée où vivent quelque 2.600 bushmen.
"Les 32 personnes ont été arrêtées" mais ont été libérées sous caution dans l'attente de leur procès, explique un avocat des San, Zeka Alberto.
Faute de logement ou de terre, de nombreux bushmen aujourd'hui relocalisés à Uitkomst occupaient encore récemment une ancienne piscine municipale dans la ville d'Okahandja, à 75 km au nord de Windhoek.
"On n'avait pas le choix", explique le leader des San de la ferme de Uitkomst, Paul Chapman. "La municipalité n'a rien dit, donc l'info s'est répandue et d'autres San qui étaient sans toit nous ont rejoints", raconte-t-il.
"Au bout du compte on est devenu un problème pour le gouvernement, et il y a un an, on nous a amenés ici. Maintenant nous avons une maison."
Mais pas grand chose pour vivre. Quelques San travaillent comme petites mains dans les fermes alentours, mais la plupart dépendent de l'aide alimentaire du gouvernement et attendent d'être formés aux métiers de l'agriculture, comme l'ont promis les autorités namibiennes.